Assurance locataire : idées reçues, vrais risques et rôle du professionnel
Au Québec, une proportion importante de ménages ne détient pas d’assurance locataire. Pour les professionnels de l’assurance de dommages, cette situation représente à la fois un défi et une occasion : celle de faire valoir leur expertise et de guider des clients qui, souvent, ignorent l’étendue de leur exposition au risque.
Selon un sondage du Bureau d’assurance du Canada (BAC), plus d’un locataire sur trois n’est pas couvert par une assurance habitation. Un chiffre qui inquiète les acteurs du secteur, alors que les risques, eux, sont bien réels.
« Cette absence de couverture est préoccupante, souligne Salma El Maroizy, administratrice au Regroupement des cabinets de courtage d’assurance du Québec (RCCAQ). Les conséquences financières peuvent être majeures en cas de sinistre. »
Pourquoi une telle situation ? Entre idées reçues, fausses perceptions et méconnaissance des protections offertes, l’assurance locataire souffre encore d’un déficit de compréhension. Dans ce contexte, courtiers et agents jouent un rôle déterminant pour guider les assurés vers des choix éclairés. « Il y a encore beaucoup d’éducation à faire », résume Salma El Maroizy qui est aussi vice-présidente Assurance des particuliers chez Fort Assurance.
Des perceptions erronées à déconstruire
Les idées reçues sont tenaces. « Plusieurs locataires estiment ne pas avoir besoin d’assurance, soit parce qu’ils possèdent peu de biens, soit parce qu’ils croient – à tort – être couverts par le propriétaire », explique Carlos Melo, responsable des affaires techniques et du Centre d’information au BAC.
À cela s’ajoute une perception exagérée du coût. Une prime d’environ 30 $ par mois demeure pourtant accessible pour la majorité des ménages. « Cela représente environ 1 $ par jour. Présenté ainsi, le coût de l’assurance devient moins un frein », assure Salma El Maroizy. Le défi consiste donc moins à convaincre qu’à repositionner la valeur de la protection selon les besoins du client.
Un argument souvent entendu : « J’ai peu de biens et aucun qui a de la valeur. » « Les assurés évaluent leurs possessions à partir de leur valeur perçue, plutôt que leur coût de remplacement », observe Pierre Duchesne, conseiller en assurance des particuliers chez Beneva.
Dans les faits, l’assurance locataire ne se limite pas à couvrir quelques meubles. Elle peut inclure des biens utilisés à l’extérieur du domicile — comme un vélo — et couvrir des frais de subsistance si le logement devient inhabitable après un sinistre. Des réalités encore peu intégrées par les assurés qui ont constamment besoin de rappels et de sensibilisation.
Couverture en responsabilité civile : une portée plus large qu’on pense
Elle est souvent reléguée au second plan par les assurés, alors que son absence expose aux plus grands risques financiers. « Un locataire peut causer des dommages importants au bâtiment qu’il habite ou à d’autres logements », rappelle Salma El Maroizy. Un simple incident — un bain qui déborde, un feu de cuisson, une chute dans un escalier — peut entraîner des réclamations en chaine substantielles.
La responsabilité civile couvre généralement des montants d’un à deux millions de dollars. Dans les faits, la couverture de deux millions tend à s’imposer comme nouveau standard, notamment en raison de la hausse du coût des sinistres et des exigences des locateurs. « La différence de coût sur la prime entre une protection d’un et deux millions est souvent marginale, mais l’impact potentiel est considérable », note Carlos Melo.
« Cette protection ne se limite pas au logement : elle suit l’assuré partout, y compris à l’étranger », rappelle Salma El Maroizy. Un argument clé pour les professionnels du service-conseil, qui cherchent à repositionner la responsabilité civile comme un élément central de la couverture, et non comme une simple option.
Replacer la discussion sur les protections, pas sur le prix
L’essor des comparateurs en ligne et la pression sur le pouvoir d’achat renforcent une tendance à prioriser le prix dans la décision d’achat. Une approche que les intervenants du secteur jugent souvent trop réductrice. « Le véritable test d’une assurance survient au moment du sinistre », rappelle Carlos Melo. Une prime économique ou à rabais peut s’accompagner de limitations importantes en matière de garanties, notamment pour les dégâts d’eau ou les frais de subsistance.
Dans ce contexte, les meilleures pratiques convergent vers une approche comparative axée sur les protections. Présenter plusieurs scénarios — avec différents niveaux de protection et de franchise — permet au client de visualiser concrètement les impacts de ses choix. « L’objectif est de faire réfléchir le client, pas de lui imposer une solution », résume Pierre Duchesne. Cette démarche favorise une prise de décision plus éclairée et réduit les risques de mauvaise compréhension au moment d’un sinistre.
Structurer l’accompagnement autour de moments clés
L’expérience terrain montre que certains moments sont particulièrement propices à l’intervention des professionnels. Le déménagement en est un exemple typique. « C’est souvent à ce moment que les locataires prennent conscience de l’importance de s’assurer », note Salma El Maroizy. Le fait qu’un nombre croissant des locateurs exigent une preuve d’assurance — notamment pour la responsabilité civile — peut agir également comme déclencheur ou argumentaire.
Les renouvellements, les changements de situation ou les contacts ponctuels deviennent autant d’occasions de revisiter les protections. « Chaque interaction est une opportunité de rappeler l’importance de l’assurance », souligne Salma El Maroizy.
Inventaire des biens : une pratique à systématiser
Parmi les outils les plus utiles, l’inventaire des biens reste pourtant sous-utilisé. « C’est une étape essentielle pour éviter la sous-assurance », insiste Carlos Melo. En dressant un portrait précis de ses possessions, l’assuré peut mieux évaluer ses besoins et ajuster ses protections en conséquence.
Pour faciliter l’exercice, plusieurs ressources sont offertes. Certains assureurs proposent des outils pour ne rien oublier et le BAC met à disposition un document téléchargeable permettant d’inventorier ses biens et d’en estimer la valeur. Ces outils aident à structurer la démarche et à rendre l’exercice plus réaliste pour les clients, de même qu’à réaliser plus concrètement la valeur de leurs biens.
L’exercice est souvent sous-estimé, alors qu’il est déterminant pour éviter les écarts de couverture — d’où l’importance de l’accompagnement de l’agent ou du courtier. « Il faut rappeler au consommateur qu’il ne doit pas se baser sur le prix payé, surtout si l’objet a été acquis à bas coût ou reçu en cadeau, rappelle Pierre Duchesne. En cas de sinistre, on doit rappeler que l’indemnisation se fait sur la base du coût de remplacement à neuf. L’objectif est de déterminer combien coûterait aujourd’hui un bien équivalent, afin d’obtenir la protection adéquate. »
Adapter le discours aux profils de clients
Les jeunes locataires représentent un segment particulièrement exposé à la sous-assurance. Moins enclins à percevoir la valeur de leurs biens, ils tendent également à accepter des niveaux de risque plus élevés.
Dans ce contexte, certains arguments peuvent être mobilisés de façon plus ciblée. Le fait que l’augmentation du montant assuré entraîne une hausse de prime relativement limitée constitue un exemple concret. « C’est le premier 10 000 $ qui est le plus coûteux à assurer, explique Pierre Duchesne. Augmenter le montant de garantie peut donc être avantageux sans alourdir significativement la prime. » Des exemples concrets de ce type permettent ainsi de mieux aligner la perception du client avec les enjeux réels de protection.
Renforcer la prévention et la communication
L’accompagnement ne s’arrête pas à la souscription. De plus en plus, les assureurs intègrent des stratégies de communication en continu pour sensibiliser leurs clients. Conseils saisonniers, rappels liés aux événements climatiques, contenus éducatifs : ces initiatives visent à prévenir et ainsi réduire les risques en amont. Elles contribuent aussi à renforcer ou à établir une relation privilégiée avec l’assuré. « Nous misons sur la prévention à différents moments du parcours client », souligne Carine Salvi, directrice, Communications externes et relations publiques chez belairdirect.
Cette approche proactive s’inscrit dans une logique plus large de gestion du risque, où la couverture d’assurance s’accompagne d’un travail de sensibilisation.
Dans un contexte où l’assurance locataire reste perçue comme secondaire par une partie de la population, cet accompagnement devient un facteur clé de différenciation pour les professionnels du secteur. « Il ne s’agit pas seulement de vendre une police, mais d’accompagner le client dans sa compréhension du risque », résume Pierre Duchesne. Le conseil prend alors toute sa valeur!

Pour vous aider dans votre rôle-conseil, n’hésitez pas à partager l’article suivant avec vos clients : Assurance locataire : quoi savoir pour prendre une décision éclairée.