L’importance de maintenir le professionnalisme L’importance de maintenir le professionnalisme http://chad.ca/fr/membres/publications/edito-de-la-chad/09-10-2015/16/limportance-de-maintenir-le-professionnalismeL’importance de maintenir le professionnalisme

​​​​​​​​​​Par ​Maya Raic, présidente-directrice générale ​​- Les agents et les courtiers en assurance de dommages ainsi que les experts en sinistres sont des professionnels certifiés. Qu’est-ce que cela signifie? Lorsque la Loi sur la distribution de produits et services financiers a été mise en place, la logique du législateur était similaire à celle soutenant l’adoption du système professionnel québécois. Comme pour les 371 000 professionnels appartenant à un ordre, les certifiés en assurance de dommages et en expertise en règlement de sinistres posent des gestes qui, s’ils ne respectent pas certaines normes déontologiques, peuvent être préjudiciables pour leurs clients. Ainsi, pour protéger le public, le législateur québécois a « professionnalisé » l’industrie de l’assurance de dommages.

Avec le statut de professionnel viennent nécessairement des obligations comme celle de respecter des normes réglementaires et un code de déontologie, et, en cas de manquement à ces obligations, la possibilité d’être amené devant un comité de discipline et d’y être sanctionné par des pairs. Comme de nombreux autres professionnels également, il est important que les certifiés maintiennent leurs compétences et leurs connaissances à jour en effectuant de la formation continue, d’autant qu’ils ont un devoir de conseiller, informer et expliquer à leurs clients des produits et des services complexes.


Un coup de sonde révélateur

À la fin de l’été, la ChAD a réalisé un sondage Internet auquel ont répondu plus de 2 260 membres certifiés. Parmi les questions qui leur ont été posées, la ChAD voulait connaître leur avis sur le fait de maintenir l’exigence d’avoir un certificat pour exercer. La réponse fut oui pour : 

  • 98,54 % des agents en assurance de dommages 
  • 99,24 % des courtiers en assurance de dommages 
  • 92,63 % des experts en sinistre à l’emploi d’un assureur 
  • 99,14 % des experts en sinistre indépendants.

Les certifiés jugent également dans une grande proportion qu’il est important de respecter un code de déontologie (plus de 98 %), de faire de la formation continue obligatoire (plus de 92 %) et d’avoir un processus disciplinaire en cas de faute déontologique (plus de 95 %). En d’autres termes, ils jugent important les éléments mêmes qui font d’eux des professionnels.


En quoi la « déprofessionalisation » est une avenue dangereuse?

La « déprofessionnalisation », ou la déresponsabilisation des employés des assureurs, comme le laisse présager le Rapport sur l’application de la Loi sur la distribution de produits et services financiers, pourrait avoir des conséquences néfastes à plusieurs niveaux.

Alors que trois Québécois sur quatre trouvent l’assurance de dommages complexe et que les études sur la littératie financière démontrent que les consommateurs ne sont pas spécialement mieux aguerris face aux produits et services financiers et d’assurance de dommages, le maintien d’un équilibre sain entre les forces en présence, l’objectif premier de la LDPSF, passe par une responsabilité de tous les acteurs de la chaîne de distribution. À l’heure actuelle, les codes de déontologie s’appliquent uniformément à tous les représentants en assurance de dommages, qu’ils soient courtier ou agent, et à tous les experts en sinistre, qu’ils soient à l’emploi d’un assureur ou indépendants. Ces codes ont été établis par les pairs et adoptés par le ministre des Finances. Ils représentent les normes minimales à respecter pour la protection du public. Ils responsabilisent ces professionnels.

Cette uniformité crée une cohérence qui renforce la crédibilité et la confiance du secteur aux yeux du public. Peu importe que le consommateur transige avec un cabinet de courtage ou directement avec un assureur, il aura toujours un représentant en assurance de dommages ayant les mêmes obligations à son égard. Après tout, le consommateur effectue le même achat, soit un contrat d’assurance. Il ne s’arrête pas nécessairement à comprendre les canaux de distribution de l’industrie et leurs différences. Reculer et revenir à la non-responsabilité des individus serait dommageable pour l’image même de l’industrie. La confiance, déjà souvent fragile, résisterait-elle face à ce recul? Il ne faudrait pas que des pans entiers de l’industrie régressent aux yeux des consommateurs au simple rang de vendeurs.

Ajoutons que l’abandon d’un certificat pour les employés des assureurs ne serait pas sans conséquence non plus pour une industrie en besoin de main-d’œuvre compétente. En effet, le recrutement est jugé difficile par la majorité des cabinets d’assurance (80 % selon le sondage Les besoins et la qualité de main-d’œuvre dans l’industrie de l’assurance de dommages au Québec – Édition 2013 réalisé par Scor pour le compte de la Coalition pour la promotion des professions en assurance de dommages). Si ce bassin de main-d’œuvre se trouve en plus divisé entre certifiés et non-certifiés, qu’adviendra-t-il? Pourquoi les courtiers en assurance de dommages et les experts en sinistre indépendants devraient-ils suivre une formation continue obligatoire, se conformer à un code de déontologie et payer des cotisations quand d’autres feront les mêmes métiers qu’eux sans ces mêmes exigences? Combien persisteront à maintenir leur certification? Combien de temps l’idée même de certification résistera-t-elle pour l’ensemble de l’industrie?

La ChAD croit donc essentiel que tous les intervenants de la chaîne de distribution portent une responsabilité : du manufacturier de produits d’assurance à l’indemnisation. Tous les courtiers et les agents en assurance de dommages, ainsi que les experts en sinistre doivent demeurer certifiés et avoir les mêmes devoirs et obligations envers les consommateurs. Le code de déontologie et la présence d’un organisme indépendant pour assurer son application et son respect dans les pratiques professionnelles et d’affaires accroissent, aux yeux du public, la perception d’une industrie saine et intègre.

09/10/2015 04:00:000x0100F39089C4394B43D29606F78A48696B44010101010301002F1286983752274A81A88C570384EFFD30/10/2015 19:36:14