Inondations un phénomène naturel qui coûte cher au canadaInondations un phénomène naturel qui coûte cher au canadahttp://chad.ca/fr/membres/pratique-professionnelle/industrie-enjeux-et-specialites/catastrophes-naturelles-et-environnement/471/inondations-un-phenomene-naturel-qui-coute-cher-au-canadaInondations un phénomène naturel qui coûte cher au canada

Il est à noter que cet article a été rédigé en 2016 et ne reflète pas nécessairement le portrait actuel de l’assurance inondation.


​​​ ​Au cours des six dernières années, le canada a enregistré plus de 1 milliard $ de pertes assurées par année, principalement attribuables à l’eau.

Pourtant, le Canada est encore le seul pays du G7 sans programme national d’assurance contre les inondations pour les propriétaires1. Si certains assureurs ont commencé à mettre en place des produits liés à l’assurance habitation, notamment en Alberta et en Ontario, l’industrie de l’assurance de dommages, et l’ensemble de la société canadienne, a besoin d’une solution plus globale en vue de relever les défis que posent les inondations. État des lieux.


Comprendre les enjeux derrière le risque

Afin de mieux comprendre les obstacles et les occasions que présentent les inondations pour l’industrie de l’assurance de dommages, le groupe Co-operators a mandaté en ​2013 des chercheurs de la Faculté de l’environnement de l’Université de Waterloo pour réaliser une étude sur la viabilité d’une assurance contre l’inondation des terres pour les particuliers. L’une des raisons évoquées pour expliquer la nonviabilité d’une telle assurance repose notamment sur l’antisélection. Contrairement à d’autres risques, les inondations ont tendance à frapper des zones identifiées comme étant à risque d’inondation. « Les assureurs pourraient compenser ces pertes en augmentant les primes dans les zones à risque élevé, mais les tarifs seraient inabordables pour les consommateurs », rappellent ainsi les chercheurs dans leur rapport.

« Le but d’un programme national d’assurance contre les inondations est justement de proposer une protection abordable pour les propriétés les plus à risque, notamment grâce à une subvention sur la prime accordée par le gouvernement », explique Pierre Babinsky, directeur des communications et des affaires publiques du Bureau d’assurance du Canada (BAC) au Québec. « Chaque année, les différents ordres de gouvernement déboursent plus de 600 millions $ en aide financière à la suite de catastrophes, dont près de la moitié est destinée aux habitations résidentielles, poursuit-il. Nous croyons qu’en établissant un programme national, la gestion financière sera plus saine et le gouvernement canadien pourra mieux prévoir les dépenses liées à ces catastrophes. » En février dernier, Don Forgeron, président et chef de la direction du BAC, a réitéré sa volonté de collaborer avec le gouvernement afin d’élaborer une solution nationale viable et accessible.


Ailleurs dans le monde

« En 2015, le BAC a réalisé une étude en vue de comparer les programmes d’assurance contre les inondations offerts dans les pays du G7 », indique M. Babinsky. On retrouve une comparaison similaire dans l’étude réalisée à l’Université de Waterloo2.

L’étude du BAC avance que « les programmes gouvernementaux d’aide financière aux sinistrés encouragent habituellement les comportements à risque. En revanche, puisque les primes d’assurance constituent un élément du risque sous-jacent, elles incitent fortement les consommateurs à prendre des mesures de réduction des risques ». Selon leurs observations, les différents pays ne poursuivent pas les mêmes objectifs non plus. Par exemple, pour la France et les États-Unis, il s’agit de financer l’assurance contre le risque et de permettre ainsi un meilleur accès tandis que dans les cinq autres pays du G7, le programme mis en place semble plutôt viser réellement la réduction des risques.

Les modèles de souscription varient aussi grandement selon le pays observé. Ainsi, la souscription peut être obligatoire et incluse dans le contrat d’assurance habitation, comme en France, ou offerte sous forme d’un avenant propre au risque d’inondation ou d’un avenant regroupant d’autres risques liés aux catastrophes naturelles. Aux États-Unis, si les particuliers sont libres de souscrire ou non un avenant, ils bénéficient toutefois de primes fixées par le gouvernement, comme c’est le cas en France. En revanche, la tarification se base sur le risque dans les cinq autres pays analysés par le BAC. Le problème revient là encore à l’antisélection et à des primes trop élevées pour être accessibles aux personnes les plus à risque. « En fait, l’expérience internationale suggère que l’assurance contre les inondations donne de meilleurs résultats lorsqu’elle est incluse à une offre de produits groupés », résume le rapport. Quel que soit le modèle choisi, de l’aide gouvernementale à l’assurance privée, l’offre resterait toutefois problématique.


Quel modèle pour le Canada ?

« Même si aucun des modèles étudiés ne pourrait être adopté tel quel au Canada, l’étude a permis de tirer des leçons et de fournir des pistes afin de proposer une solution viable », déclare M. Babinsky. Le récent budget fédéral démontre que le gouvernement est réceptif aux initiatives qui visent l’adaptation aux conséquences des changements climatiques et le BAC entend poursuivre sa collaboration pour parvenir à une solution efficiente pour le Canada.

De son côté, en 2015, « Co-operators est devenue la première compagnie d’assurance canadienne à offrir une protection d’assurance contre les inondations des terres, en Alberta, rappelle Leonard Sharman, conseiller principal, relations avec les médias pour le groupe Cooperators. Nous entendons rendre ce produit disponible à la grandeur du pays sous peu. » D’autres assureurs ont emboîté le pas.

La question demeure : quelle stratégie devrait-on adopter au Canada ? « Notre approche diffère de celle choisie par d’autres, poursuit M. Sharman. Nous avons décidé d’offrir un produit disponible à tous les propriétaires de maison, même ceux qui présentent des risques élevés, et ce, contre la plupart des dégâts courants causés par l’eau. » Dans un contexte où deux Canadiens sur trois se croient déjà assurés contre les inondations, M. Sharman constate un manque de compréhension et de connaissance préoccupant, mais il ne s’en étonne pas : « Les clients ont un rôle majeur à jouer pour rendre leur maison plus résiliente aux risques d’inondation. Il faut donc informer les assurés sur les mesures à mettre en place pour protéger leur maison et leur expliquer ce qui est couvert et ce qui est exclu dans leur contrat. Plus ils comprendront les risques auxquels ils font face et la portée de leur protection d’assurance habitation, plus ils seront susceptibles d’agir pour réduire ces risques et être bien protégés. » Le ministère de la Sécurité publique du Québec consacre une section entière de son site Web à ce sujet tout comme le site de l’Institut de prévention des sinistres catastrophiques, qui offre des conseils pour préparer sa maison aux inondations.

Au-delà de l’éducation des Canadiens, un travail est également à faire auprès des décideurs. Par exemple, pour le BAC, il est important que des règlements liés à l’aménagement du territoire et à l’urbanisme soient instaurés et appliqués. « Il faut éviter de perpétuer les erreurs du passé en limitant la construction et la reconstruction dans les zones inondables, voire en l’interdisant dans certains cas, rappelle M. Babinsky. Il s’agit d’une décision qui relève de l’administration municipale. » Ce à quoi M. Sharman acquiesce : « L’aménagement du territoire est une part importante de la solution. Pendant des décennies, nous avons bâti dans les plaines inondables, accentuant ainsi le problème. Les gouvernements ont des décisions à prendre maintenant afin d’interdire la reconstruction dans les zones à risque, comme ce fut le cas après les inondations en Alberta en 2013. C’est d’ailleurs pour encourager les sinistrés à quitter les zones à risque que nous avons inclus dans notre protection la possibilité de reconstruire à un autre endroit. »

La promotion des mesures de réduction des risques est une autre des propositions avancées dans les diverses études réalisées afin de rendre le Canada plus résilient aux risques d’inondation. « Il existe différents programmes offerts par les ordres de gouvernement, indique M. Babinsky, mais la participation à ces programmes se fait actuellement sur une base volontaire. » Malgré les avantages que présentent certains programmes pour les citoyens et les municipalités, tous ne sont pas prêts à assumer les efforts et les coûts financiers et de main-d’oeuvre que cela peut exiger. « Il ne faut cependant pas oublier que tout le monde doit participer pour minimiser les risques, que ce soit en investissant dans la rénovation et l’entretien des infrastructures ou en limitant la construction dans les zones inondables », conclut-il.

1. À noter que les dommages causés par une inondation pourraient être couverts par une assurance automobile ou commerciale.
2. Thistletwaithe J. et Feltmate​, op. cit., p. 57.


Cartographie et données géospatiales

La cartographie des zones inondables sert notamment à l’évaluation et à la gestion du risque d’inondation dans un contexte d’aménagement du territoire et d’urbanisme, d’entretien des infrastructures et de planification des interventions d’urgence. Pour que l’information qu’on ​y trouve soit fiable et précise, ces cartes doivent être mises à jour régulièrement. Selon Jean-Sébastien Guy, directeur canadien de Korem, une entreprise spécialisée dans les données et les technologies géospatiales, mettre à jour ces cartes implique « un amalgame de données météorologiques historiques, topographiques et statistiques et de données en temps réel. On utilise aussi des données dérivées de méthodes de calcul hydrique et hydrologique. » Ces données seront ensuite représentées sur des cartes ou intégrées aux modèles actuariels de la souscription de chaque assureur.

Grâce à ces données, on peut mieux comprendre « l’exposition aux inondations et le coût financier d’un tel événement, et ce, pour chaque propriété. En offrant une vue globale du risque au Canada, ces données permettent d’établir des modèles de tarification individuelle, et non plus des zones de tarification. » Ce faisant, on pourrait ainsi établir les primes en fonction du risque réel.

Quels obstacles empêchent les entreprises de l’industrie de faire appel à ces données ? « Le manque de connaissance et de compréhension au sein des organisations figure souvent parmi les raisons qui ralentissent l’implantation de ces solutions », croit M. Guy. Le manque de ressources humaines aptes à utiliser, adopter, expliquer, analyser et comprendre ces données est un autre enjeu auquel l’industrie de l’assurance de dommages doit se préparer à faire face au cours des prochaines années.


Événements météo les plus coûteux au canada

Deux des trois év​​énements météorologiques qui ont coûté le plus cher au Canada au chapitre des pertes assurables étaient des inondations. 

  • 1,8 G$ – inondations de l’Alberta en juin 2013 
  • 1,6 G$ – tempête de verglas au Québec en janvier 1998 
  • 1 G$ – inondations à Toronto et dans le sud de l’Ontario en juillet 2013

01/06/2017 18:26:40http://docs.chad.ca/SiteCollectionDocuments/2016-06-chadpresse-enjeux-inondations-fr.pdf